Éric Chandebois - Quand le travail redonne un cap et une place

Temps de lecture : 7 minute

Publié le : 30/01/2026

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« Quand je suis arrivé ici, je n’étais même pas l’ombre de moi-même.  
J’étais l’ombre, de l’ombre, de l’ombre, de moi-même ! » 

C’est ainsi qu’Éric ouvre son récit, avec une franchise qui ne laisse aucun doute sur ce qu’il a traversé.
À 56 ans, il raconte sans détour ses périodes difficiles, son combat contre l’addiction, et surtout le chemin qu’il a parcouru pour se relever.

« Si j’en suis là aujourd’hui, c’est grâce aux personnes que j’ai rencontrées et au fait qu’à un moment on m’a poussé à avancer. » 

Une vie sur les routes du spectacle 

Éric n’a jamais eu peur du travail : vente, grande distribution, logistique… Mais ce sont ses 17 années comme intermittent du spectacle qui ont vraiment marqué sa vie. Monteur puis responsable de structures métalliques, il a fait vibrer les festivals (Francofolies, Vieilles Charrues, Solidays, Rock en Seine…), participé à des défilés de mode au Grand Palais et Petit Palais, et même accompagné une compagnie de ballet sur plusieurs tournées. 

Ses yeux brillent quand il évoque cette période :  

L’entrée du public au Stade de France pour un concert de Muse… ça, je ne l’oublierai jamais. Voir cette marée humaine arriver, 80 000 personnes… et moi, sur scène pour préparer le plateau des artistes… La dose d’adrénaline était incroyable ! Rien que d’en parler, j’ai encore des frissons.

Éric Chandebois

Mais le temps passe, le corps s’use, et parfois, les chemins de vie prennent un détour.
Éric traverse alors une période sombre, marquée par l’alcool.

« Aujourd’hui, je suis en paix avec moi-même », confie-t-il avec simplicité. 

Les Chantiers Peupins, le déclic pour rebondir

C’est dans ce contexte qu’Éric pousse la porte des Chantiers Peupins, chantier d’insertion partenaire des Ateliers du Bocage, en juin 2022.

Il n’arrive pas avec le bon état d’esprit, reconnait-il. Accompagné par le CSAPA (Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie), c’est son assistante sociale qui lui propose de rencontrer les Chantiers Peupins. Il accepte « par obligation », « pour faire plaisir à tout le monde ». Il fait la visite sans y croire… et pourtant, quelques jours plus tard il signe un CDD d’insertion (CDDI).  Au début, il ne travaille qu’une demi-journée.

« Pas la fatigue du travail. Mais l’envie de rentrer chez moi… et de boire. C’est ça, l’addiction. » 

Mais ici, il y a un cadre. Il faut travailler. Il faut avancer. 
Rapidement, une discussion va marquer un tournant. 
Une phrase de Frédéric, le directeur, change tout :

« Tu sais pourquoi tu es là, moi aussi.
Sers-toi de ça comme d’un levier, sinon ce sera du temps perdu. » 

Éric y repense, prend du recul et décide de saisir cette chance. Peu à peu, il avance sur le chemin de l’abstinence.
Le travail devient alors un repère, qui l’aide à se reconstruire et à reprendre confiance. 

Tout le chemin que j’ai fait vers l’abstinence, avec le soutien des encadrants, de mon accompagnatrice socio-professionnelle et des collègues, ça a été une véritable révolution dans ma vie. Mais pas seulement pour moi : ça a aussi changé la vie des gens autour de moi.

Éric Chandebois

La librairie, un souffle nouveau

Éric rejoint la librairie solidaire des Ateliers du Bocage en octobre 2023.
Avec sa reconnaissance RQTH, il évolue vers un CDI en poste adapté, à temps plein.

« J’ai eu un problème psychologique et psychique par le passé, et aujourd’hui je suis dans un poste adapté qui correspond à mon parcours et à mes capacités. » 

À la librairie, Éric touche à tout : tri et enregistrement des livres, stockage, mise en vente, préparation des commandes, expédition des colis… Chaque geste compte. La rotation entre les postes, la variété des missions et le fait de voir concrètement le travail se matérialiser : tout cela donne un vrai sens à son quotidien et le motive chaque jour. Avec plus de 275 000 livres en rayon, la librairie pourrait ressembler à une grande plateforme e-commerce.

« Mais ici, pas de robots : ce sont des humains qui travaillent. »

Une phrase qui lui ressemble, qu’il aime répéter, y compris lors de son passage sur France 3.

Cette dimension humaine, Éric la retrouve aussi au sein de l’équipe. 

« Ici, j’ai un vrai confort de travail, et surtout, il y a une super ambiance. Et ça, pour moi, ça n’a pas de prix. » 

Passionné d’histoire, il trouve un écho personnel dans cet environnement. Il dévore des documentaires, s’intéresse aux récits du passé et à leur impact sur notre présent. Travailler avec les livres, c’est rendre la culture accessible à tous et partager un savoir qui nourrit la réflexion et construit la société. 

Au-delà du travail, des passions et un projet de vie 

En dehors de la librairie, Éric vit ses passions à fond : la musique, bien sûr, mais aussi les voitures, qu’il bichonne presque tous les weekends. Son projet le plus excitant se joue à l’international : avec sa compagne ivoirienne, il rêve d’une maison et d’un petit restaurant à Adiaké, à une centaine de kilomètres d’Abidjan, où se mêleraient cuisine ivoirienne et française.

« Je veux vivre une retraite active, partager des moments avec la famille et faire quelque chose qui a du sens. Ça se prépare ! » 

Un projet qui illustre son énergie, sa détermination à avancer et son envie de se réaliser pleinement. 

Remettre l’humain au cœur du travail

Le parcours d’Éric rappelle que la reconstruction se fait par étapes.
Elle demande de la motivation et de l’implication.

Parce qu’ici, le travail n’est pas seulement une activité :
c’est un repère, un cadre, un point d’appui pour se relever.

Parce que derrière chaque parcours,
il y a des rencontres, un accompagnement, une équipe qui croit en vous,
parfois avant même que l’on y croie soi-même.

Et parce que remettre l’humain au cœur du travail, ce n’est pas une idée :
c’est une réalité qui transforme des vies, chaque jour, aux Ateliers du Bocage.